Les larmes d'un père - Vaad harabanim

Les larmes d’un père

13/19/5769 08.09.2009

Lors de la réunion des Grands de la génération, alors que les minutes passaient, solennelles et importantes, et que les décisions des Sages rejoignaient le sanctuaire divin, un homme entra, accompagné d’un enfant.

Cet homme était un père dont les larmes, glissant sur son visage grave mais plein d’espoir, avait ému le tribunal d’en haut. Cet homme n’avait pas encore été père. Des années, il était rentré chez lui pour retrouver son épouse, mais sans jamais pouvoir embrasser un enfant. Il avait tant prié, il avait tant souhaité et tant demandé. Pour lui, un enfant était le monde entier. Mais toujours seul, il rentrait de la synagogue, toujours seul alors qu’autour de lui, des pères radieux racontaient les miracles d’Hachem à leurs fils. Mais cet homme comptait les jours, et les mois et les années. D.ieu n’avait pas encore décidé, n’avait pas encore décrété et la solitude devenait dure et triste. Mais l’homme ne désespérait pas. Plus de douze ans déjà. Douze ans d’attente sereine et bouleversée, d’attente calme et accablée. Dans une petite chambre, son épouse, qui n’était pas encore mère, avait écrit un poème à celui qui ne venait pas. Ce poème était dédié à cet enfant qu’elle attendait si patiemment, jour après jour, et qu’elle appelait « mon chéri », être aimé et pourtant absent, être aimé mais invisible encore, qu’elle ne pouvait serrer dans ses bras.

Ce poème d’amour n’était connu de personne. Seuls cet homme et cette femme le connaissaient et le lisaient, plein de tristesse et d’espoir.

Et puis un jour, ils décidèrent d’adresser un don. Pour un pauvre qui souffrait d’une autre peine. A cause de la misère et du manque de tout. Ce père lui-aussi avait des larmes parce qu’il ne pouvait nourrir ses enfants. Et ses enfants se taisaient, de peur d’affliger leur père. Alors l’homme lui fit un don anonyme pour ne pas le gêner. Et il s’engagea à aider de toutes ses forces le Vaad Harabanim afin de trouver de nouveaux donateurs pour soulager d’autres âmes tristes et seules. D.ieu entendit sa prière. Quelques semaines plus tard, son épouse déchira le poème : l’enfant allait venir.

Deux ans plus tard, l’homme apprit qu’une réunion se déroulait chez Rav Karelitz. Il prit son enfant par la main et le mena à travers les rues encombrées et bruyantes. Il traversa la ville en tenant son enfant par la main, cet enfant chéri et comblé. Puis il entra dans le sanctuaire – où les Rabbanim s’étaient retrouvés – afin de témoigner des bienfaits divins. Il voulait témoigner avec son trésor, avec ce miracle vivant, avec son enfant qui était tout un monde. Et les grands Sages, pères de tout le peuple juif, s’émurent avec lui. Les larmes d’un homme avaient ébranlé le trône divin. Les larmes d’un homme, qui avait tant prié et avait décidé d’aider les autres pères, avaient bouleversé les décrets.

Rav Mi’hel Yehouda Lefkovitz bénit alors l’enfant et déclara : « La tsedaka a la force de changer la nature. Celui qui donne voit de grandes délivrances s’accomplir en sa faveur. Que vous puissiez élever cet enfant dans la Thora et avoir le mérite de l’emmener sous la ‘houpa. » Tous les Sages répondirent « amen » et prièrent afin que ce père aimant ne verse pas d’autres larmes.